Vignoble et vins neuchâtelois, entre le lac et le Jura
Les vins neuchâtelois naissent sur 603 hectares de vignes, une bande de calcaire de quarante kilomètres entre le lac et le Jura, sous une seule appellation, AOC Neuchâtel, où le pinot noir tient plus de la moitié des vignes et le chasselas un quart.
Le vignoble neuchâtelois
Des vins neuchâtelois produits sur une seule bande de coteau, du Landeron à Vaumarcus
Le vignoble neuchâtelois tient sur une bande étroite de quarante kilomètres, coincée entre la rive nord du lac de Neuchâtel et le premier gradin du Jura. Du Landeron et Cressier à l’est jusqu’à la Béroche et Vaumarcus à l’ouest, en passant par Saint-Blaise, Hauterive, Auvernier, Colombier, Boudry, Cortaillod et Bevaix, les vignes occupent le coteau exposé au sud, entre 430 et 600 mètres d’altitude, là où le lac renvoie la lumière.
Une seule appellation couvre le canton, AOC Neuchâtel, et elle n’admet que douze cépages : le pinot noir en tête, avec plus de la moitié des vignes, puis le chasselas, le chardonnay, le pinot gris, le pinot blanc et une poignée de spécialités. C’est ici que l’œil-de-perdrix est né au milieu du XIXe siècle, et ici que le non filtré sort chaque année le troisième mercredi de janvier, le premier vin suisse du millésime.
Le Littoral se lit depuis la fenêtre du train. Le train Neuchâtel–Yverdon traverse les vignes d’Auvernier, de Colombier et de Boudry, le tram du Littoral s’arrête au pied des parcelles, la route de Bienne longe les coteaux de Cressier et du Landeron. Sur ce coteau, une cinquantaine de caves produisent les vins neuchâtelois, sur un vignoble qui comptait encore 1 200 hectares en 1884.
- 603
- Hectares de vignes dans le canton en 2025
- 12
- Cépages admis sous l’AOC Neuchâtel
- 1861
- Première étiquette d’œil-de-perdrix connue, à Areuse (Boudry
- 1975
- Naissance du non filtré, à Auvernier
Les domaines
Quarante kilomètres de coteau, du Landeron à Vaumarcus
Sur le Littoral, la bande de vignes n’a souvent que quelques centaines de mètres de large entre les villages et la forêt. Voici les domaines neuchâtelois à leur adresse, avec leurs parcelles quand ils les ont déclarées.
Les domaines
Les domaines viticoles du canton de Neuchâtel.
Les localités
Seize localités, des bourgs du lac aux vallées du Jura
Auvernier
Village de pêcheurs et de vignerons, Auvernier accueille la station viticole cantonale depuis la fin du XIXe siècle et a vu naître le non filtré en 1975.
Boudry
Un bourg sur son promontoire, une rivière qui a déposé sables et graviers, 70 hectares de vignes et le hameau d’Areuse, berceau documenté de l’œil-de-perdrix.
Cressier
Des vignes concédées à un couvent en 1333, un château de 1610, un vignoble refait en banquettes dans les années 1980 et sept domaines au pied du Jura.
Le Landeron
Le bourg de 1325, les vignes du chapitre de Saint-Ours de Soleure, un calcaire très sec et le deuxième vignoble du canton, à la porte du lac de Bienne.
Cortaillod
Un vieux village sur sa falaise, une pente plein sud vers le lac et un pinot noir qui porte le nom de Cortaillod : quatre domaines y travaillent.
Neuchâtel
Une ville bâtie en pierre jaune sur un coteau qui comptait près de 6 000 ouvriers de vigne en 1799, et trois domaines entre le lac et Chaumont.
Saint-Blaise
Un vieux village de pierre jaune traversé par le Ruau, deux gares, et trois domaines qui maintiennent la vigne au pied de Chaumont.
Bevaix
Des coteaux à 15 ou 20 % tournés plein sud, un prieuré clunisien fondé en 998 et deux caves au-dessus de la Pointe du Grain.
Colombier
Une villa romaine sous le château, des allées plantées en 1657 jusqu’au lac, des vignes d’État où l’on apprenait à greffer en 1888 : Colombier et ses deux caves.
Cormondrèche
Une Grand-Rue en courbe, une maison du Prieuré qui n’a jamais abrité de moines et deux caves, à dix minutes à pied des vignes d’Auvernier.
Hauterive
Le village qui a prêté son nom à un étage géologique, sa pierre jaune, le secteur de Champréveyres et deux domaines entre Chaumont et le lac.
Saint-Aubin-Sauges
Le port, la baie de Port-Conty, la route du vignoble sur l’ancienne Vy d’Etra et les forêts jusqu’au Creux-du-Van : la Béroche en un seul versant.
Chézard-Saint-Martin
Un village agricole du Val-de-Ruz, à 764 mètres, sans vignes autour de lui, où une cave produit sous l’AOC Neuchâtel.
Cornaux
Entre le pied du Jura et la plaine de la Thielle, un village de 440 mètres dont les vignes et la cimenterie reposent sur le même calcaire et la même marne.
Val-de-Travers
Une vallée du Jura sans vignes, un prieuré dont le couvent possédait jadis des vignes à Cormondrèche et des caves où l’on élabore des mousseux depuis 1829.
Vaumarcus
Le village frontière entre Vaud et Neuchâtel, un château brûlé après la bataille de Grandson, la pointe ouest du vignoble neuchâtelois et un domaine.
Le terroir
Pourquoi le pinot noir a-t-il pris le dessus à Neuchâtel ?
Parce que le calcaire du Jura lui convient. Les sols du Littoral viennent tous de la montagne : éboulis pierreux et légers sur le haut du coteau, marnes plus lourdes par endroits, alluvions profondes près du lac, avec partout le calcaire en commun. Ces terres drainent vite et rendent la chaleur, ce que le pinot noir, cépage exigeant, aime par-dessus tout.
Le lac fait le reste. Il adoucit les hivers, tempère les canicules et renvoie la lumière sur le coteau ; le Jura, derrière, arrête les courants humides de l’ouest et laisse passer la bise et le joran, les vents qui sèchent les grappes. Sur ces pentes, le pinot noir est passé devant le chasselas au fil du XXe siècle et occupe aujourd’hui 334 hectares, plus que tous les autres cépages réunis.
Le même pinot noir donne trois vins : un rouge élevé en cave, l’œil-de-perdrix, un rosé pressé après quelques heures de macération, et la perdrix blanche, un blanc de noirs. Ce sont les vignerons qui décident, parcelle par parcelle et selon l’année, de la part qui ira à chacun. Près de la moitié du pinot noir neuchâtelois finit en œil-de-perdrix.
Quatre tournants
De la villa de Colombier au phylloxéra de 1877, quatre époques du coteau
Xe siècle : Colombier et le prieuré de Bevaix
Le château de Colombier repose sur les fondations d’une importante villa gallo-romaine. La vigne y est attestée en 943. En 998, un acte en faveur du prieuré clunisien de Bevaix mentionne un parchet : c’est le plus ancien document conservé sur le vignoble de ce village.
1214 : la ville et ses franchises
La charte de franchises de Neuchâtel fixe les droits des habitants sur les vignes et le commerce du vin. La vigne devient une affaire de bourgeois. En 1687, les vignerons s’organisent en compagnie, et les contrats de moiteresse partagent la récolte entre le propriétaire et celui qui cultive.
XVIIe et XVIIIe siècles : l’étendue maximale
Le vignoble dépasse alors 1 300 hectares. Vers 1708, environ 1 200 ouvriers de vigne dépendent du seul domaine de l’État. En 1791, à Cressier, 173 habitants sur 535 cultivent la vigne. Au début du XVIIIe siècle pourtant, le vin cesse d’être la première ressource du pays.
1877 et après : phylloxéra et reconquête
Le phylloxéra atteint le vignoble en 1877. Des mesures énergiques évitent une destruction rapide, et les cépages sont peu à peu greffés. Le coteau passe de plus de 1 200 hectares en 1884 à 560 au début des années 1970, son point le plus bas, avant de remonter autour de 600.
Ce que ces siècles ont laissé, du bourg du Landeron au château de Boudry
À l’est, Le Landeron garde son bourg bâti au XIIIe siècle, au pied des vignes. À Cressier, le coteau porte encore le souvenir de 1791, quand un habitant sur trois y cultivait la vigne. Plus à l’ouest, Auvernier conserve un village des XVIIe et XVIIIe siècles, maisons de vignerons serrées entre le coteau et le port.
À Colombier, le château bâti sur la villa romaine domine toujours les parchets. À Boudry, le château médiéval abrite le musée de la vigne et du vin : on y voit comment ce coteau a été travaillé, partagé et vendu pendant des siècles. Tout au bout, le château de Vaumarcus ferme le Littoral à la frontière vaudoise.
Les pertes se lisent aussi. À Neuchâtel même, des maisons ont été construites sur d’anciennes vignes dès le XVIIe siècle, et le coteau s’interrompt là où la ville s’étend. Ailleurs, il tient sur quelques centaines de mètres de large, entre 430 et 600 mètres d’altitude, et chaque parchet gagné sur la pente a été conservé à force de travail.
Les vins neuchâtelois
Quels vins produit-on dans le canton de Neuchâtel ?
Le pinot noir d’abord, plus de la moitié du vignoble, en rouge, en œil-de-perdrix et en perdrix blanche. L’œil-de-perdrix est la spécialité la plus connue du canton : un rosé de pinot noir né à Neuchâtel, dont la première étiquette connue, chez Bovet à Areuse, près de Boudry, date de 1861. Le gamaret et le garanoir complètent les rouges sur quelques hectares.
Les blancs suivent, un peu plus d’un tiers des vignes. Le chasselas reste le premier, avec 150 hectares : c’est lui qui donne le non filtré, un chasselas mis en bouteille sans filtration, trouble et vif, né en 1975 dans la cave d’Henri-Alexandre Godet à Auvernier et présenté depuis 1995 le troisième mercredi de janvier, sur arrêté du Conseil d’État. Le chardonnay, le pinot gris, le pinot blanc, le sauvignon blanc, le doral, le riesling-sylvaner, le gewurztraminer et le charmont forment le reste.
Ces douze cépages sont les seuls admis sous l’AOC Neuchâtel, vinifiés dans le canton. Le vignoble produit aussi des vins mousseux et quelques vendanges tardives, et plusieurs domaines ont replanté sur les coteaux de la Béroche ou du Landeron des parcelles abandonnées au siècle dernier.
Le Littoral sur une seule ligne
Un vignoble qui se traverse en train, en tram et à pied
Le vignoble neuchâtelois suit presque exactement une ligne de chemin de fer. De Gorgier-Saint-Aubin au Landeron, les gares de Bevaix, Boudry, Colombier, Auvernier, Neuchâtel, Saint-Blaise et Cressier sont au pied des vignes, et le Littorail relie Neuchâtel à Boudry en passant par Auvernier et Colombier.
À pied, le chemin des vignes court à mi-coteau d’un village à l’autre, et le sentier viticole d’Auvernier explique le travail de la vigne au fil des panneaux. En hiver, la taille se fait sous la bise, face aux Alpes bernoises ; les vendanges commencent à la fin de septembre.
À Auvernier, les caves occupent des maisons vigneronnes des XVIIe et XVIIIe siècles, et la ville de Neuchâtel elle-même garde ses vignes et ses caves. Le vignoble se parcourt toute l’année, et la plupart des domaines reçoivent le samedi ou sur rendez-vous.
Une boucle à pied
D’Auvernier à Colombier, une matinée entre les maisons vigneronnes et les parchets
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Gare d’Auvernier, quelques minutes
Le Littorail, le tram qui relie Neuchâtel à Boudry, et le train de la ligne d’Yverdon s’arrêtent au pied du village. Descendez vers la Grand-Rue et ses façades vigneronnes.
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La boucle d’Auvernier, 2,2 kilomètres, une demi-heure
Balisée en bleu par la commune de Milvignes, elle monte à travers les vignes et la lisière de forêt, avec le lac en contrebas. Elle part de l’ancien stand de tir du village.
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Cormondrèche et Colombier, une demi-heure
Par les chemins de vigne, Cormondrèche est à un gros quart d’heure et Colombier à quelques minutes de plus. Le château domine les parchets, bâti sur la villa romaine où la vigne est attestée dès 943.
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Retour en Littorail, un quart d’heure
L’arrêt de Colombier Allées ramène à Auvernier ou à Neuchâtel. Pour prolonger, le même tram continue jusqu’à Boudry et son château, où le musée de la vigne et du vin raconte la suite.
Ce qui se passe dans les vignes neuchâteloises.
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