Vin importé : Berne renonce à la préférence indigène, ce qui change (et ce qui ne change pas)

Le 1er octobre 2026, Guy Parmelin a écarté, selon les organisations de vignerons, le lien entre le contingent d'importation de vin et l'achat de raisins suisses. Que propose Berne à la place, et pourquoi parlent-elles d'un « emplâtre sur une jambe de bois » ?

Par La rédaction Vinici 5 min de lecture
Cave voûtée en pierre avec fûts de chêne, bouteilles et verre de vin blanc

Ce que Berne a abandonné le 1er octobre

Le 1er octobre, le président de la Confédération Guy Parmelin, qui dirige le Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche (DEFR), a réuni la branche viticole et les cantons pour présenter ses orientations. C'était la suite de la table ronde du 18 août 2025.

Sur la table, une idée qui divisait : lier la répartition du contingent tarifaire de l'OMC pour le vin, 170 millions de litres, à l'achat et au pressurage de raisins suisses. Mise en consultation du 11 mars au 18 juin, la mesure « n'a pas rencontré de majorité favorable », constate le DEFR.

Le communiqué ne parle pas d'abandon, mais la branche l'a compris ainsi. VignobleSuisse, l'Interprofession de la vigne et des vins suisses (IVVS) et l'Union suisse des paysans (USP) rapportent que Guy Parmelin a annoncé que le projet de préférence indigène à l'importation ne serait pas poursuivi. Les avis étaient si partagés, aurait-il expliqué, qu'il ne prendrait pas le risque de le maintenir, malgré un possible compromis esquissé par ses partisans.

Selon Rhône FM, l'opposition a été « particulièrement vive ». Elle venait des grands importateurs, Coop et Denner en tête, et de presque toute la Suisse alémanique. Les milieux viticoles, eux, étaient favorables à la mesure, rappelait l'ATS, et l'Interprofession valaisanne la défendait encore en août.

Les trois axes : surfaces, promotion et règles d'importation

À la place, le DEFR veut agir sur trois leviers : redimensionner le vignoble, soutenir la promotion et les exportations, adapter les règles d'importation.

Pour les surfaces, il propose de prolonger les contributions à l'arrachage volontaire, afin d'ajuster la production à la demande. Les exportations de vins suisses pourraient recevoir des moyens supplémentaires dans le cadre de futurs accords commerciaux. Quant au contingent de l'OMC, il serait mis aux enchères dans le paquet d'ordonnances 2027.

La consultation publique sur ce paquet devrait s'ouvrir en janvier 2027. Par ces mesures, le Département entend aider la viticulture suisse à traverser la crise et mieux valoriser ses vins, en Suisse comme à l'étranger.

Le contingent de 170 millions de litres, en chiffres

Quelques chiffres aident à mesurer l'enjeu. D'après l'Office fédéral de l'agriculture, la Suisse a importé 155 millions de litres de vin en 2025, soit 8 millions de moins qu'en 2024 (-4,9 %). Sous contingent, 127 millions de litres sont entrés (-5,2 %). Le contingent de 170 millions n'a donc été que partiellement utilisé, comme les années précédentes.

Le rouge domine : 90,5 millions de litres importés, contre 39,6 millions de blanc. L'Italie fournit le plus, avec 68 millions de litres, devant la France (36 millions), l'Espagne (23 millions) et le Portugal, un peu plus de 8 millions.

Les organisations de vignerons soulignent que le contingent n'a jamais été épuisé depuis 2001 et qu'il ne plafonne rien : tout importateur peut importer hors contingent, sans limite de volume, à des tarifs peu élevés. Côté consommation, la part du vin suisse est passée de 35,5 % à 37,5 % en 2025, alors que la consommation de vins étrangers reculait de 6,4 %. Les stocks, eux, restent à 220 millions de litres.

Les réactions : vignerons déçus, grande distribution opposée au projet

Le 2 octobre, VignobleSuisse, l'IVVS et l'USP ont dit leur « vif regret ». L'abandon du projet, écrivent-elles, « laisse la vitiviniculture suisse face à d'immenses défis ». Quant aux trois axes du DEFR, ils ne seraient qu'« un emplâtre sur une jambe de bois », insuffisant pour corriger le déséquilibre du secteur.

L'Association suisse des vignerons et encaveurs indépendants va plus loin. Elle reproche à Guy Parmelin d'avoir « mené en bateau les vignerons » et de faire passer les intérêts du commerce avant ceux des familles vigneronnes, rapporte Terre&Nature le 5 octobre, d'après l'ATS.

En Valais, l'interprofession déplore « une décision sans courage » : elle attendait de la Confédération « un geste fort pour ses vigneronnes et ses vignerons ». D'après Rhône FM, le chef du Département de l'économie et de la formation, Christophe Darbellay, accuse Guy Parmelin d'avoir « sacrifié la viticulture suisse sur l'autel du libre-échange et du Mercosur ».

Côté importateurs, Coop et Denner figuraient parmi les opposants au projet de préférence indigène.

La suite : consultation en janvier 2027 et objets parlementaires

Le calendrier se dessine. La consultation sur les enchères du contingent et sur les autres adaptations du paquet d'ordonnances 2027 devrait être lancée en janvier.

Le Parlement s'en mêle. VignobleSuisse, l'IVVS et l'USP indiquent que quatre objets parlementaires ont été déposés le 2 octobre au matin, sous les numéros 26.4552, 26.4617, 26.4644 et 26.4642. Les trois organisations se félicitent que « les Chambres fédérales reprennent la main » et promettent de s'engager pour les faire aboutir. Elles demandent aussi au Conseil fédéral de prendre rapidement des mesures supplémentaires : la viticulture traverse, disent-elles, une grave crise « dans de nombreuses régions ».

Pour qui achète du vin, la mise aux enchères reste, à ce stade, une proposition soumise à consultation.