Vignoble et vins jurassiens, le plus jeune vignoble du pays

Les vins jurassiens naissent sur 18 hectares de vignes replantées depuis les années 1980 en Ajoie et dans la vallée de Delémont, le plus petit et le plus jeune vignoble de Suisse, sous une appellation créée en 2016 et menée par les cépages résistants nés à Soyhières.

Petit vignoble en pente douce près d’Alle, en Ajoie, entouré de pâturages et de haies, collines boisées du Jura à l’horizon

Le vignoble jurassien

Des vins jurassiens produits par une poignée de vignerons qui ont tout recommencé

Le vignoble jurassien tient sur 18 hectares, dispersés entre deux paysages : l’Ajoie, le plateau de pâturages et de vergers autour de Porrentruy, avec Alle et Buix, et la vallée de Delémont, plus encaissée, de Courtételle à Soyhières et jusqu’à Vermes. Aucun lac ici, pas de grand coteau : des parcelles de quelques hectares posées sur des pentes calcaires, entre 400 et 550 mètres, au milieu des fermes.

La vigne avait disparu du canton au début du XXe siècle, comme dans une grande partie du Jura. Elle est revenue à partir des années 1980, plantée par une poignée de vignerons qui ont repris le travail à zéro, souvent avec des cépages résistants aux maladies, mieux adaptés aux hivers froids et aux étés humides du plateau. En 2016, le canton a créé sa propre appellation, AOC Jura, la dernière née de Suisse : un vin doit contenir au moins neuf dixièmes de raisin jurassien pour la porter.

Les vignes jurassiennes bordent des routes de tous les jours. La route de Porrentruy à Boncourt traverse les vignes d’Alle, la ligne Delémont–Bâle longe celles de Soyhières, et depuis Delémont on aperçoit les rangs de Courtételle sur le versant sud. Sur ces parcelles, une demi-douzaine de domaines produisent les vins jurassiens, à raison de quelques milliers de bouteilles chacun.

18
Hectares de vignes dans le canton en 2025
2016
Création de l’AOC Jura, la dernière de Suisse
1985
Début de la sélection de cépages résistants à Soyhières
5
Localités viticoles, en Ajoie et dans la vallée de Delémont

Les domaines

Une poignée de parcelles entre l’Ajoie et la vallée de Delémont

Dans le Jura, une vigne est souvent la seule du village, entre un verger et un pâturage. Voici les domaines du canton à leur adresse, avec leurs parcelles quand ils les ont déclarées.

Petite vigne de cépages résistants sur une pente calcaire à Soyhières, au-dessus de la vallée de la Birse

Le terroir

Pourquoi le Jura cultive-t-il des cépages que l’on ne trouve nulle part ailleurs ?

Parce qu’il a fallu les inventer. Le climat du plateau jurassien est rude pour la vigne : des hivers longs et froids, des gelées tardives, des étés plus arrosés que dans la vallée du Rhône. Les cépages classiques y souffrent du mildiou et de l’oïdium, et les traiter coûte cher sur des parcelles aussi petites.

À Soyhières, dans la vallée de Delémont, Valentin Blattner sélectionne depuis 1985 des cépages résistants aux maladies fongiques, en croisant des vignes européennes avec des variétés plus robustes. Le cabernet jura et le cabernet blanc sont nés dans ses pépinières ; ils poussent aujourd’hui dans plusieurs pays et forment l’ossature du vignoble jurassien, où ils permettent de produire avec peu ou pas de traitements.

Les sols sont calcaires, comme partout dans la chaîne du Jura, pierreux et bien drainés sur les pentes de l’Ajoie, plus profonds dans la vallée. Ce sont les vignerons qui, parcelle par parcelle, ont choisi les cépages capables de mûrir ici. Le vignoble jurassien doit son existence à cette obstination plus qu’à son terroir.

Une année à la vigne

Quatre temps de travail entre la Birse et l’Ajoie

  1. La taille, sur des vignes jeunes

    En hiver, le vigneron taille des ceps qui ont au plus une quarantaine d’années, puisque tout a été replanté depuis les années 1980. Les parcelles sont petites et souvent isolées dans leur commune, au milieu des prés et des cultures.

  2. Le printemps, avec peu de traitements

    Quand la vigne débourre, on ébourgeonne à la main et on surveille les maladies. Une grande part du vignoble est plantée en cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, qui demandent peu ou pas de traitements. Sur des parcelles aussi petites, cela change tout le calendrier du vigneron.

  3. La vendange, parcelle par parcelle

    À l’automne, chaque cépage est vendangé à sa maturité, les variétés précoces d’abord, puis le pinot noir et les résistants rouges. Pour que le vin porte l’appellation, la récolte est attestée auprès du canton, et chaque parcelle figure au cadastre viticole.

  4. La cave, sous le règlement de l’AOC Jura

    L’appellation AOC Jura s’applique depuis le millésime 2016, sur la base d’une ordonnance cantonale. Elle fixe des exigences à la vigne comme à la cave. Le vignoble entier produit peu, et les volumes restent minuscules d’un domaine à l’autre : chaque domaine vinifie quelques cuvées, rouges, blancs, rosés ou mousseux.

Les vins jurassiens

Quels vins produit-on dans le canton du Jura ?

Les rouges d’abord, un peu plus de la moitié des vignes. Le pinot noir reste le cépage classique du canton, mais les cépages résistants nés à Soyhières tiennent le premier rôle : le cabernet jura avant tout, avec ses grappes sombres et sa peau épaisse, puis d’autres cépages résistants, comme le cabernet cortis, obtenu à Freiburg-im-Breisgau par Norbert Becker en 1982, vinifiés seuls ou assemblés.

Les blancs suivent. Le chardonnay et le pinot gris côtoient les résistants blancs, cabernet blanc et sauvignon soyhières, ainsi que le johanniter et le solaris, des variétés précoces adaptées aux étés courts. Plusieurs domaines produisent aussi des rosés et des mousseux.

L’AOC Jura, créée en 2016, couvre l’ensemble du canton et exige au moins 90 % de raisin jurassien. Les volumes restent minuscules : le vignoble entier produit moins qu’un seul grand domaine vaudois. C’est ce qui rend ces vins rares, produits par des domaines qui, pour la plupart, cultivent en même temps la terre, le bétail ou les vergers.

Deux vignobles, une chaîne

Pourquoi le vignoble jurassien tient en deux morceaux

Le vignoble jurassien tient en deux secteurs que sépare la chaîne des Rangiers. Au nord, l’Ajoie ouvre un plateau de fermes et de vergers vers la frontière française, autour de Porrentruy et d’Alle. Au sud, la vallée de Delémont est plus fermée, et les vignes de Courtételle, de Soyhières ou de Vermes s’accrochent aux versants les mieux exposés.

D’un secteur à l’autre, l’altitude, l’exposition et le sol changent, et chaque vigneron choisit ses cépages parcelle par parcelle, souvent parmi les variétés résistantes sélectionnées à Soyhières. Ces petites surfaces obligent aussi à tout faire à l’échelle d’une ferme : peu de machines, beaucoup de travail à la main.

Le vignoble se parcourt toute l’année, mais il faut prévenir : les domaines sont peu nombreux et reçoivent surtout sur rendez-vous. On vient en train à Delémont ou à Alle, sur la ligne de Porrentruy, puis à pied ou à vélo par les routes du plateau.

Venir en RER Jura, de la gare d’Alle au bus de Vermes

Depuis décembre 2025, le RER Jura relie Delémont à Porrentruy toutes les demi-heures. En Ajoie, la ligne de Bonfol s’arrête à Alle, à un peu plus de quatre kilomètres de Porrentruy : la gare est à six minutes à pied du centre du village. Dans la vallée, Courtételle a sa halte sur la ligne de Delle, au nord du village, à quelques minutes de Delémont.

Pour les autres localités, le bus prend la suite depuis la gare de Delémont. La ligne 6 descend la vallée jusqu’à Soyhières, et le Val Terbi est desservi par la ligne 7 jusqu’à Vicques et Montsevelier, puis par la ligne 11 entre Vicques et Vermes. Delémont reste le point de départ le plus simple, puisque trains et bus y convergent. Comptez une demi-journée par paysage : l’Ajoie et la vallée de Delémont se visitent rarement le même jour.

Les vignes sont petites et proches des villages, et l’on en fait le tour à pied en quelques minutes. Les chemins autour de Soyhières longent la Birse, ceux d’Alle traversent les vergers. Le vignoble se parcourt toute l’année, mais avec un domaine par localité, mieux vaut prévenir avant de passer.