Vendanges 2026 : des grains de chasselas à 2,2 g au lieu de 3 g et un millésime très concentré

Première vendange le 12 août en Valais, chasselas vaudois à 2,2 g le grain contre environ 3 g ces dernières années : la sécheresse a marqué le millésime 2026. Voici ce que disent les offices cantonaux sur les volumes, la qualité et les risques.

Par La rédaction Vinici 5 min de lecture
Grappes de chasselas sur les terrasses de Lavaux, avec le lac Léman et les Alpes en arrière-plan

Du 12 août au 14 septembre : des vendanges hors calendrier

Le 12 août, la Cave la Romaine est entrée dans ses vignes de Sierre et d'Uvrier pour couper les premiers raisins du millésime 2026. C'est six jours plus tôt qu'en 2025, et l'encaveur Joël Briguet n'a pas caché son plaisir : un moment « historique », a-t-il confié au Nouvelliste, cité par 20 minutes. Les grandes maisons valaisannes ont suivi, Provins dès le 24 août, Schenk et Gilliard le 31. Fin août, l'Office valaisan de la vigne et du vin comptait entre 6 et 12 jours d'avance sur 2022, pourtant déjà une année chaude.

Neuchâtel a connu la même fièvre. À Cressier, la cave des Lauriers Jungo & Fellmann a vendangé du pinot gris le mercredi 19 août, alors que la mi-septembre fait plutôt figure de norme. Rémy Alain Reymond, chef de l'Office cantonal de la viticulture et de l'agroécologie, parle d'une « précocité historique » à Keystone-ATS, même si les surfaces concernées restent marginales.

Genève a jugé la date « plutôt normale pour une année caniculaire », selon Dorian Pajic, de l'Office cantonal de l'agriculture et de la nature. En terres vaudoises, François Montet, président de la Fédération vigneronne vaudoise, annonçait un départ début septembre, « environ deux jours après celles de 2003 qui détiennent le record de précocité ».

Pourquoi les grains ont rétréci

Dans le chasselas vaudois, un grain pèse en moyenne 2,2 grammes cette année. Ces dernières années, on tournait plutôt autour de 3 grammes. L'Office des vins vaudois a livré ce chiffre dans son communiqué du 30 septembre, en ajoutant que l'écart est encore plus net chez les rouges. Il concerne le chasselas de Vaud et ne se transpose pas tel quel aux autres cépages, ni aux autres cantons.

La coupable, c'est la sécheresse. Un printemps sec, puis un été de canicule : la maturation s'est emballée et, faute d'eau, les baies n'ont pas gonflé. À Cressier, RTN décrit des grappes « relativement peu gonflées, mais [qui] présentent une importante concentration ».

François Montet rappelle une nuance. La date des vendanges se joue à la floraison, donc à la chaleur du printemps. La canicule de l'été n'y change rien, mais, dit-il à Keystone-ATS, elle « fait ou défait la qualité ». Et toutes les vignes n'ont pas souffert de la même façon. Dans le canton de Vaud, les parcelles touchées sont « presque anecdotiques par rapport à l'ensemble du vignoble », estime-t-il.

Moins de jus, surtout pour les rouges vaudois : l'état des volumes

Des baies plus petites donnent moins de jus, et l'Office des vins vaudois confirme que la sécheresse a réduit les volumes, surtout pour les rouges. Ailleurs, le tableau varie. En Valais, les quantités devaient rester proches de celles de 2025, écrivait 20 minutes en août, avec de fortes disparités : les parcelles privées d'irrigation pourraient produire nettement moins.

À Cressier, Christian Fellmann prévenait que « le rapport jus-fruit-poids sera beaucoup plus faible que d'habitude ». À Genève, Dorian Pajic avertissait fin août qu'en l'absence d'averses la perte de jus serait notable.

Pour mettre ces nuances en perspective, la récolte suisse de 2025 a atteint 82 millions de litres selon l'Office fédéral de l'agriculture, soit 9,3 % de plus qu'une année 2024 très faible. La moyenne décennale est de 90 millions.

Une qualité annoncée très haute, avec moins de traitements

« La cuvée 2026 sera qualitativement très bonne », prédit François Montet. À Neuchâtel, on attend « quelques cuvées d'exception ». À Genève, la qualité des raisins était jugée « exceptionnelle à ce stade » fin août. En Valais, Joël Briguet affirme n'avoir « jamais vu une si belle qualité ».

La sécheresse a concentré les baies, explique l'Office des vins vaudois, avec des teneurs en sucre élevées, surtout dans les rouges. « Cela donnera des vins denses et très riches. Si on maîtrise la vinification, une vendange aussi exceptionnelle donnera des vins de grande qualité », assure Olivier Viret, responsable du centre de compétence vitivinicole de l'État de Vaud.

Côté sanitaire, la saison a été clémente. « C'était juste parfait. Pour moi, ce sont des vendanges idéales », dit François Montet, et à Cressier, Christian Fellmann n'a pas vu « un grain pourri ». La chaleur et le manque d'humidité ont tenu les champignons à distance : les traitements ont pu être fortement réduits, relèvent la plupart des spécialistes interrogés par Keystone-ATS.

Tout n'a pas tourné rond partout. À Genève, la grêle du lundi 29 juin a détruit 4,5 hectares sur 42 au Domaine des Balisiers, environ 10 % de l'exploitation.

Ce que cela change dans le verre

Vendanger tôt oblige à choisir son moment. Pour l'Office cantonal neuchâtelois, tout se joue entre la maturité physiologique (sucres, acidité) et la maturité phénolique (tanins, couleur). Trop tôt, les raisins peuvent donner des arômes végétaux marqués. Trop tard, l'alcool et l'acidité se déséquilibrent. Florian Chervet résume : « Le vin sera bon dans cette fenêtre, mais au-delà, il peut y avoir trop d'alcool et un déséquilibre. »

Les petites baies compliquent aussi le travail de cave. Dans le Vully, le rapport entre la peau, les pépins et le jus n'est plus celui des autres années, ce qui peut jouer sur l'extraction des tanins pendant la macération.

Reste un contexte économique difficile. Olivier Mark, président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois, voit dans ce millésime gorgé de soleil un cadeau qui « arrive à point nommé ». Il ne réglera pas tous les problèmes de la branche, nuance-t-il, mais il « offre tout de même une raison de se réjouir ».