Un millésime « excellent » mais sans prix : pourquoi le Valais n'a pas de prix indicatif en 2026
Le 21 août, l'Interprofession de la vigne et du vin du Valais a renoncé pour la première fois à publier un prix indicatif du raisin. Voici les raisons invoquées, les chiffres fédéraux et les mesures prises par les cantons.
Un prix de référence que l'Interprofession refuse de publier
Chaque été, le prix indicatif donne le ton : c'est le montant de référence que les caves proposent aux viticulteurs pour le kilo de raisin. Cette année, l'Interprofession de la vigne et du vin du Valais (IVV) a choisi de ne pas le publier. Une décision « sans précédent pour le premier canton viticole de Suisse », relève l'ATS, qui a relayé le communiqué du vendredi 21 août.
L'IVV ne tourne pas autour du pot. Fixer un prix indicatif, écrit-elle, « reviendrait à donner une valeur que le marché ne reconnaît plus. L'IVV refuse cette fiction ». Le millésime 2026 s'annonce pourtant « excellent » et la profession « n'a jamais autant progressé », mais le marché serait « incapable » de rémunérer ce travail, « inondé par des vins étrangers vendus en dessous des coûts de production ».
Le communiqué vise des vins issus de « systèmes de production où les exigences environnementales et sociales n'existent tout simplement pas ». Pour l'IVV, « cette asymétrie ne peut plus durer ». Les initiatives cantonales « soulagent à peine les symptômes » ; seules des décisions fédérales peuvent, à ses yeux, « changer la donne ».
En août, l'interprofession plaidait pour la proposition du Conseil fédéral de lier les contingents d'importation à la prise en charge de la production suisse. Le 1er octobre, Berne y a renoncé, faute de majorité en consultation.
Un marché saturé : stocks, consommation et importations en chiffres
Les statistiques de l'Office fédéral de l'agriculture pour l'année viticole 2025 décrivent un marché où l'offre dépasse la demande. La récolte suisse a atteint 82 millions de litres, 9,3 % de plus qu'en 2024, année exceptionnellement faible. La consommation totale a reculé de 3,3 %, à 211,2 millions de litres. Résultat, les stocks ont grimpé à 220 millions de litres au 31 décembre 2025 (+3,3 %), dont 159 millions de vins suisses.
Un détail change pourtant la lecture. Sur ces 211,2 millions de litres bus, 79,2 millions sont suisses, en hausse de 2,3 %, tandis que la consommation de vins étrangers recule de 6,4 %, à 132 millions. La part du vin suisse progresse donc, de 35,5 % en 2024 à 37,5 % en 2025. C'est le marché dans son ensemble qui se contracte.
Ce que disent les vignerons du prix du raisin
Fin août, la RTS a recueilli les confidences d'une dizaine de vignerons, tous anonymes de peur de froisser leurs acheteurs. Leurs questions se ressemblent : quelle quantité de raisin trouvera preneur, à quel prix, et payée quand ? Certains attendent encore une partie de l'argent dû pour la récolte 2025. Les fournisseurs de vendange, ces vignerons qui livrent leur raisin à des négociants, sont les plus exposés, et plusieurs grandes caves n'avaient pas encore annoncé leur prix d'achat.
Sur les réseaux sociaux, du raisin de fendant et de gamay a été proposé à un franc le kilo, environ la moitié du prix habituel selon la RTS. L'annonce a trouvé preneur en quelques heures et son auteur a dû la retirer, submergé d'appels. Plusieurs acheteurs étaient, dit-il, des vignerons qui revendent ensuite ce raisin à de grandes caves.
Clément Gay, président de la Fédération valaisanne des vignerons, estime que les prix attendus pour les cépages de base (fendant, gamay, pinot) ne couvriront pas les coûts de production. Les faillites lui semblent inéluctables, comme à François Montet, président de la Fédération vigneronne vaudoise, de l'autre côté de la frontière cantonale.
Quotas, arrachage, aides : la riposte des cantons
Face à des caves pleines, les cantons resserrent la vis. En Valais, l'IVV a fixé les limites de production 2026 dans un communiqué du 24 juin : 1,2 kg/m² pour le chasselas et le sylvaner, 1,1 kg/m² pour l'arvine et le savagnin blanc, 1 kg/m² pour le pinot noir, le gamay, le cornalin et l'humagne rouge. Qui dépasse la limite voit toute sa vendange déclassée dans la catégorie inférieure. Terre&Nature précise que ces plafonds sont reconduits, sauf pour le fendant, le johannisberg, le cornalin et l'humagne rouge, en recul de 100 grammes.
Genève a agi début juillet, sur proposition de son interprofession : le chasselas et le riesling-sylvaner passent de 1,2 à 1 kilo par mètre carré, le gamay de 1,1 à 1 kilo. « Le but est de ne pas engorger les caves », explique Ellinor Sekund, technicienne viticole à AgriGenève. Le canton a aussi débloqué 1,2 million de francs pour l'arrachage temporaire, puis 2,3 millions pour une aide au maintien de 18 000 francs par hectare et par an, destinée aux parcelles entretenues mais non récoltées.
La pression vient aussi des acheteurs. En janvier, la maison Schenk a prévenu plus de 250 vignerons vaudois et genevois qu'elle ne reprendrait pas tout ou partie de leur vendange 2026, avec un arrêt complet dans 120 cas, l'équivalent de 5 à 8 % de la production des deux cantons.
Vignerons, détaillants : deux lectures de la crise
Des vignerons reprochent aux détaillants de pousser les vins étrangers et de leur offrir davantage de visibilité en rayon, parce qu'ils rapporteraient de meilleures marges. Contactés par la RTS, Coop et Denner réfutent ces accusations et assurent soutenir les vins suisses.
À Neuchâtel, Mireille Bühler, directrice de l'Interprofession vitivinicole neuchâteloise, déplorait en juillet que, dans la grande distribution, le vin importé soit proposé à la moitié du prix du vin suisse.
Entre ces deux lectures, un chiffre demeure : en 2025, la consommation de vin suisse a augmenté de 2,3 %. La suite du dossier se joue désormais à Berne, où la question des importations a connu un tournant le 1er octobre.